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L'histoire de ce projet commence juste avant le premier souffle, dans le geste émanant d'un instinct, d'une intention de dévoiler avec justesse, de célébrer avec pudeur la beauté d'un moment, le bonheur d'un instant. L'instant, infini, éternel, passant l'air de rien, colorant sur son passage ce dont il prend la couleur lui-même :  il s'agit bel et bien de musique improvisée. La session d'enregistrement originale a offert quelques dix heures de musique, contant cents histoires, cents voyages, cents errances, qu'il a fallu scruter, sculpter tout au long d'une année, donnant le temps au Temps afin que lui même mette en lumière une traversée, une histoire à conter, un air à chanter, un air des airs…

 L'autre composition, après celle de l'Instant, commence là. Essayer, enlever, couper, combiner, assembler, pour finalement sélectionner 7 mouvements, s'enchaînant en un cycle dont la fin ne peut être qu'un commencement.

UN AIR DES AIRS

 L'ouverture, « 1 R R », donne le diapason au disque.  Son caractère méditatif offre la possibilité de plonger dans le cœur de l'univers mélodique et harmonique  du cymbow (cymbale et archet), et d'errer en compagnie d'un air se frottant aux autres en une danse céleste.

Le second mouvement semble être le seuil de l'histoire: les premiers airs se mettent en place; tantôt la contrebasse navigue entre les accords du piano, tantôt elle emprunte au contre chant du cymbow. Techniquement, ce morceau a été enregistré lors de l'essai des microphones avant la première heure de la première journée de studio.

Ponctuée d'un bip-bip, arrive l'énigme. Le temps attend, patiente, spirale jusqu'à ce qu'une nouvelle planète soit détectée… là-bas, comme sur Terre, les choses arpentent d'une source vers la mer, s'élèvent de la terre vers les airs, se souvenant du sens contraire. Ce quatrième mouvement mets en scène une confrontation à la matière pour donner naissance à une chanson inattendue, improbable…sur la brèche.

UN AIR DESERT

 Les deux miniatures suivantes s'associent par symétrie des timbres. « Nuit de lustre » chante le temps d'une détente contemplative, un unisson chatoyant pouvant rappeler le « Lux Aeterna » de Ligeti. Puis un air des bas vibre, espère, les archets se frottent, se contiennent et l' énergie se libère…Le final est un mouvement construit en 3 parties. « 1RDR » s'ouvre tel un feu d'artifice : le temps est à l'envolée et la posture ressemble à celle de l'arc […] Les roulements de tambours annoncent autre chose que la fin…une aire silencieuse, support aux résonances. Puis, en arrière plan d' insectes nocturnes tropicaux,  sous une lune pleine, les pygmées Baka, véritables habitants de la Terre, chantent et dansent, au loin, l'entrée de la fête, l' invitation à la danse, comme pour fêter leur survie d'un jour de plus…

DANS L'AIR DU TEMPS:

 Disque de jazz par essence, non par esthétisme, véritable dialogue intime, éloge de silence et de poésie, loin du schéma thème/solo/thème, les voix s'enchantent, se croisent, s'échangent, se murmurent alors que le rythme se soupire plus qu'il ne se frappe, se rapprochant davantage des battements d'un cœur.
 Cette musique, improvisée, manifeste par nature un air du temps en même temps qu'un geste de toujours. L'esthétisme cède à la vibration. Une histoire parmi mille se raconte et les couleurs qu'elle véhicule suggère mille images.
Aucune réponse n'est donnée, mais les pygmées chantaient, chantent et chanteront tant que la foret sera.. En été 2006, la foret était. L' enregistrement de la plage 7, effectué lors d'un voyage à Akon Etye, petit campement de « pygmées » BAKA vivant au sud du Cameroun, en témoigne. Nous avons fait l'expérience là bas d'un temps tout autre que celui que nous connaissions ici. Aussi aucune marque de durée n'est présente sur le disque afin de laisser ouverte la perception de chacun. Si notre musique est secretement influencée par la leur, nous avons pris le parti de leur rendre hommage en les laissant chanter, en miroir du disque, au loin, avec cet immense respect et admiration que nous avons à leur égard.

« …djoko/merci… »

Au final, ce disque s'écou(t/l)e comme une histoire, un voyage, une impression. L'étendue du début propose l'air qui erre, le fil se déroulant jusqu'au début, repassant par la fin…l'air désert, support à l'imaginaire.

en vous invitant à un voyage de 41'51s
bonne écoute